vendredi, mai 12, 2006

Lettre de Walid

Walid est un lycéen condamné à 3 mois de prison dont deux ferme suite à la manif du 23 mars où il a été accusé arbitrairement de violences et de dégradations. Il a adressé cette lettre à un membre du collectif anti-répression Printemps 2006.

"Salut Sébastien,
Je suis complètement déboussolé de me retrouver ici, mais bon, si la
mère patrie en a décidé ainsi, je n'y peut rien.
Je pensais être un patriote qui se battait pour défendre ses idées,
mais
lorsqu'un petit beur se retrouve devant les magistrats il est tout de
suite catalogué comme un délinquant. Je croyais en des valeurs de
liberté, d'égalité et de fraternité, je voyais une France des droits de
l'Homme, mais je me suis trompé. Je ne pensais pas qu'en France on
pouvait être inquité pour ses idées tout comme dans le pays d'origine
de
mes parents. Lors de la mascarade que fut mon jugement, je suis passé à
la barre à 4 heures du matin, ce qui est totalement abberant. De plus,
j'ai été comparé à José Bové et les magistrats m'appelaient
"l'intellectuel". Je n'aurais jamais pensé me faire charrier par des
personnes qui ont des vies entre leurs mains et qui les brisent selon
leurs humeurs.
En me retrouvant en prison, je comprends plusieurs choses très
importantes: c'est que la France est face à un très grand danger. L'un,
je le nommerais Nicolas Sarkozy qui est tout sauf un démocrate et
l'autre c'est le président du FN.
Aujourd'hui, je ne sais pas si je vois mon avenir ici dans cette
nation,
mais si je reste je me battrais jusqu'au bout pour un pays que j'aime
et
me poignarde dès que j'ai le dos tourné.
Je pense qu'il faut que l'on réfléchisse sur notre condition dans notre
pays et voir la réalité en face. J'ai vu des casseurs passer avant moi
devant les tribunaux et s'en sortir, et moi qui ais tout fait pour
calmer une foule de presque 1000 personnes me retrouver au trou.
De plus, lors de mon arrestation, j'ai été passé à tabac par les
enquêteurs de la BAC alors que je ne présentais aucune menace pour leur
intégrité physique ou morale.
De plus, j'ai été "abattus" par les enquêteurs du SARIJ du 15ème qui
ont
monté un dossier à 90% fictif sur moi. Lors de mon arrestation, ils
m'ont insulté, frappé et garanti que je me retrouverais à Fleury
Mérogis. J'étais le trophée, ils pensaient que j'étais le roi d'une
partie d'échec alors qu'il n'y avait pas d'organisation particulière.
Ce
sont mes camarades lycéens qui m'ont porté sur le devant de la scène et
non moi qui me suis accaparé le fauteuil de leader. Au moins, j'avais
une certaine légitimité à mener un groupe d'adolescents ayant peurs
pour
leur avenir et celui des générations futures.
PS: si vous pouviez vous servir de mon exemple pour faire une
manifestation, une pétition ou quoique ce soit pour alerter les gens,
ce
serait génial."
Walid