Paru dans l'Huma.
La double peine de Walid
Sorti de prison la semaine dernière, après deux mois de prison ferme, ce jeune homme de dix-neuf ans est désormais « interdit d’accès » à son lycée.
« Un profond senti-ment d’injustice... » Comme sonné, Walid cherche encore ses mots. Le jeune homme de dix-neuf ans, en terminale sciences et technologies tertiaires au lycée Louis-Armand de Paris, a fait partie des militants anti-CPE les plus durement condamnés. Présenté comme un leader, il a écopé d’une peine « exemplaire » de deux mois de prison ferme pour avoir, selon la police, brûlé une poubelle. Mercredi dernier, il est ressorti... pour apprendre que le proviseur lui interdisait l’accès à son établissement ! Une double peine. Un double traumatisme.
Walid n’oubliera jamais ce vendredi 24 mars et son entrée dans la prison de Fleury-Mérogis. Direction le bâtiment D4. Enfermé dans 9 m². 22 heures sur 24. Son compagnon de cellule est arrivé le même jour. Lui a pris trois mois ferme, pour un cambriolage. « J’ai mis trois ou quatre jours à réaliser, dit Walid. En prison, j’ai rencontré des gars qui sont passés plusieurs fois en correctionnelle avant de faire un premier séjour ici. Tous étaient là pour des vrais actes criminels, comme des braquages. Moi, j’étais derrière les barreaux pour une simple manif, pour avoir juste donné mon opinion... Tout le monde se demandait ce que je faisais là. »
Walid restera quarante et un jours à Fleury. Il y découvre l’univers carcéral : le regard des surveillants dans l’oeilleton, la « cantine » incontournable pour améliorer le quotidien. La violence, aussi. « Je ne connaissais personne, il a fallu que je trouve des personnes pour m’aider. Certaines ont été sympas quand ils ont vu ma tête d’étudiant. » D’autres moins. « J’ai eu une altercation qui a tourné mal, souffle le jeune homme. Mais bon, y’a pire en prison... » Walid a interdit à son père de venir le voir, ou même de lui écrire. Question de pudeur, de fierté. « Si j’avais été coupable, j’aurais accepté mon incarcération et les visites. Mais là, je n’avais rien fait. Je ne voulais pas infliger ce déplacement à ma famille. »
Libéré le mercredi 3 mai, Walid ressort de cette expérience amer et blessé. « J’avais pas mal d’illusions sur la France, glisse-t-il aujourd’hui, mais quand tu vois ce qui m’est arrivé, quand tu vois aussi qu’il n’y a que des immigrés en prison, tu commences à comprendre que la démocratie n’est pas la même pour tout le monde. »
Le lendemain matin,
Walid regagne son lycée du 15e arrondissement. Il se rend dans le bureau du proviseur, persuadé de pouvoir reprendre les cours. Mais là, c’est la surprise. « Ça a duré deux minutes : il m’a dit que je devais quitter l’établissement ! » Walid n’est pas exclu, « il est interdit d’accès à titre conservatoire », souligne son proviseur, Jean-Armel Le Gall. Une filouterie administrative qui permet de contourner la traditionnelle procédure d’exclusion, très encadrée. Prononcée après convocation d’un conseil de discipline, celle-ci doit obligatoirement être liée à un acte répréhensible commis dans l’enceinte de l’établissement.
Or, son proviseur le sait parfaitement, Walid n’a jamais enfreint le règlement intérieur. En revanche, « l’interdiction d’accès » est possible, à titre conservatoire, lorsqu’un élève fait l’objet d’une procédure pénale. Qu’à cela ne tienne, le zélé Jean-Armel Le Gall a porté plainte contre Walid, début avril. Une plainte mystérieuse dont le proviseur refuse de donner le motif. Il ne sait d’ailleurs toujours pas si celle-ci a été enregistrée par le procureur de la République.
Walid, qui n’a de toute manière reçu aucune convocation au commissariat, a déposé un référé au tribunal administratif. « Le proviseur fait tout pour me mettre des bâtons dans les roues pour que je rate mon bac, histoire de faire de moi un exemple », soupire le jeune homme qui, en attendant, révise tant bien que mal à la maison. Reste une question. Pourquoi un tel acharnement ? Et là, on se perd en conjectures. La toute récente nomination de la proviseure adjointe du lycée au cabinet d’un certain Gilles de Robien n’a probablement aucun rapport...
Laurent Mouloud

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