mardi, avril 18, 2006

une étudiante lyonnaise à la manif du 23 mars 2006

Je suis allée à Paris hier. La manif s'est bien passée et il y avait du monde. Nous, gens de Lyon, Grenoble, de Chambéry, avons formé un beau cortège "Lyon tient son Paris". Certains parisiens sont venus nous remercier d'être venus et nous étions fiers, même si le gros des lyonnais était à Lyon, sous les gaz des CRS. Nous étions vraiment nombreux!
Puis, peu à peu, des vagues de centaines de "casseurs", appelés au son de cornes de brumes, dévalaient dans la foule, puis occupaient les lignes de bus! Certains se sont fait voler ou frapper. A la fin de la manif, ils étaient des centaines... environ 3000 CRS et gendarmes mobiles bloquaient la place! Les "casseurs" choisissaient une proie, fonçaient à 20, 30, 50, 100 sur lui(elle) et le (la) défonçaient et dépouillaient! Les forces de l'ordre s'en sont pris plein la gueule aussi mais les premiers visés étaient les manifestants. Les manifestants sortaient de la place tant bien que mal mais certains restaient à l'intérieur. Des voitures ont commencé à brûler, les vitrines à péter. Mon groupe a décidé de partir à la gare et je suis restée avec une amie car des potes à moi étaient à l'intérieur. Les flics bloquaient l'accès à la place à tout le monde.
Les passants nous ont accusé d'être les fauteurs de trouble, de faire repartir le bordel dans les banlieues! On a dû leur expliquer qu'on était dans la rue parce qu'on en peut plus de vivre avec 300€ par mois et d'être pris pour des cons. Trois casseurs se sont précipité dans la rue, ils ont été interpellés puis ils sont passés, carte de police à la main! Là on a halluciné, les mecs étaient vraiment chauds! On s'est faufilées après eux car je voulais absolument rejoindre ma pote! Un flic nous a averties que si on repassait par là, il nous arrêterait.
Il n'y avait plus rien! Les pompiers étaignaient les voitures mais les casseurs étaient tous partis. Tout était calme...
J'ai rejoint les quais, il ne restait plus que des manifestants en état de choc. On a voulu sortir, mais les camions de flics nous prenaient en sandwich et nous empéchaient de sortir! Je me suis avancée vers l'un d'entre eux pour lui expliquer qu'on était pas d'ici, qu'on hallucinait, qu'on voulait se barrer de cette ville de merde. Il nous a dit d'arrêter de sourire ou ça risquait de mal tourner. nous étions piégés! Pourtant ils voyaient bien qu'il ne restait qu'une centaine de manifestants apeurés. Les flics ont commencé à nous filmer et étaient morts de rire face à notre incompréhension et à notre terreur. Ils ont commencé à charger sur ma droite et la foule s'est précipitée contre l'autre cordon de CRS. Une fille, paniquée, leur a demandé des informations, elle s'est faire gazée, puis le gendarme s'esr excusé! Mes genoux claquaient. Le cordon de flics s'est dissous, nous avons couru mais d'autres ont débarqué et ont fait barrage. En fait, ils nous déplacaient vers le commissariat...
Les cordons se resséraient sur nous, ça hurlait dans tous les sens, deux filles voilées pleuraient. J'avais peur que l'un de nous tombe, que l'on meurt étouffés ou piétinés... les médias étaient parmis nous et nous canardaient de flashs, surtout dès qu'on hurlait . Les flics nous compressaient violemment pour qu'on se révolte et que les médias puissent prendre des photos. Morts de trouille face aux assauts des forces de l'ordre, nous avons levé les mains au ciel...là ils ont paru bien emmerdés! Les flashs fusaient toujours. Un flic avec un fort accent de banlieue nous a dit de ne pas paniquer (très drôle), qu'on allait juste vérifier nos identités, que l'ordre de se disperser avait été donné plus d'une demi heure avant et qu'il ne falllait pas nous étonner.
Puis vint l'heure de la mise en scène médiatique! 5 ou 6 flics entraient en trombe parmis nous, se jetaient sur un mec, le plaquaient violemment au sol. Là ils attendaient 30 secondes, le temps des photos, puis viraient le mec. Ca a duré plus de 2 heures. Je tiens à préciser que les arrestations se sont placées dans un ordre bien préçis : ils ont commencé pas les noirs, puis les arabes, suivis des mecs qui avaient des dreads ou les cheveux longs, la violence aussi était graduée. Un gars s'est fait piétiné sous nos hurlements, c'était vraiment très violent.
Nous étions toujours filmés pas les flics morts de rire. Ils évitaient tout de même de nous regarder dans les yeux. Par dessus la masse de casques de flics, le drapeau français flottait, une drôle d'impression m'a serré le bide... Une bande 6 "racailles" est sortie escortée de la cour du commissariat. Ils se sont retrouvés avec nous, on a traité les flics de racistes, les gars scandaient artificiellement qu'ils n'étaient pas dans la manif. Ils se sont glissés dans un coin, 5 CRS les ont fait sortir discrètement (nous sommes 4 ou 5 a avoir vu la scène), une fille s'est accrochée à eux pour sortir, les flics sont allé la chercher pour la ramener dans le cercle, les gars sont partis sous l'oeil complice des flics. Je hurlais sur un photographe, le traitait de collabo, de traitre. Il m'expliqua qu'il prenait juste des photos, qu'il n'écrivait pas les textes dessous, que parfois c'était utile, comme pour le syndicaliste dans le coma par exemple. Je me calmais, je voulais qu'il m'explique. Il m'a confirmé qu'il leur fallait des photos, que Sarkosy sait ce qu'il fait quand il ordonne de ne s'en prendre qu'aux manifestants, que tout le monde sait que les RG sont avec les casseurs, sont dans toutes les manifs, dans toutes les AG. Je lui répondais que non, que moi, je ne savais pas, en tout cas pas à ce point!
Nous commencions à comprendre tout ce business, certains flics sont des "casseurs", des RG infiltrés pour embraser la foule, certains "casseurs" doivent avoir des arrengements avec eux pour nous taper sur la gueule dans les manifs (ça passe toujours mieux aux JT plutôt que ce soit les CRS ou les GM qui nous fracassent) et puis il y a les moutons, ceux qui suivent juste pour se divertir... Ils ont fini par me prendre par le bras pour m'interpeller, enfin! Le flic était surpris que je vienne de Bron, je gardais le silence face à sa voix toute douce. Il m'a souhaité un "passez une bonne soirée mademoiselle", sourire charmeur à l'appui, comme si tout cela était tout à fait normal, comme s'il avait l'habitude! Il était 20 h , l'heure des infos. Mes deux amies sont sorties juste après moi, mais nos deux potes, eux n'étaient pas dans la rue...
On les a appellés, ils étaient dans le fourgon et alaient être dispatchés dans les commissariats, ils ne savaient ni quand ni pourquoi, mais on les laissait répondre au téléphone. On a donc loupé notre train qui partait à 20h et on les a attendus jusqu'à 22 h puis on a pris le dernier TGV pour Lyon. Un des deux a été relâché vers minuit, après avoir été transporté dans plein de cellulles ; on lui a demandé s'il reconnaissait avoir perturbé l'ordre public puis on l'a relâché. Il n' avait toujours pas de nouvelles du dernier. Ils étaient de retour aujourd'hui.
Emilie, étudiante en anthropologie à Lyon II.

HUMA - Brandir une pancarte peut nuire gravement aux anti-CPE

Journal l'Humanité
Rubrique Société
Article paru dans l'édition du 12 avril 2006.



Brandir une pancarte peut nuire gravement aux anti-CPE


Répression . Interpellé pour violence sur un CRS, Grégory nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés.

« Naïf. » Grégory, vingt-quatre ans, résume d’un mot son état d’esprit du moment. À la fin de la manifestation parisienne contre le CPE du 28 mars, cet élève de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) se trouve sur la place de la République. Peu après 18 heures, des incidents éclatent entre les manifestants et les forces de l’ordre. Les projectiles volent sur les gendarmes mobiles. « Une violence bête et méchante, qui ne sert à rien », assure Grégory, un des délégués de l’EHESS à la coordination francilienne anti-CPE.

Une trentaine de mètres séparent les jeunes des gendarmes. De nombreux photographes se tiennent sur les côtés. « Pour contraster avec la violence ambiante, j’ai fait un sketch. Je marchais doucement dans cette zone-là avec ma pancarte », se souvient Grégory. Une pancarte ornée de photos des précédentes manifestations, ainsi que d’un slogan hostile à l’UMP, qui se terminait par ces mots : « On ne s’arrêtera pas là, vous avez encore le choix. »

La scène dure plusieurs minutes. Puis Grégory entend crier : « Lui, on le chope ! » Cinq gendarmes mobiles sortent du rang et saisissent le jeune homme qui n’oppose pas de résistance. « Je connais les lois. Je sais que porter une affiche n’est pas répréhensible, sauf si elle comporte une diffamation. » Menotté, Grégory s’interroge donc sur le caractère diffamatoire de sa pancarte, avant d’être emmené au commissariat de la Goutte d’Or où il est placé en garde à vue en début de soirée. « J’ai pensé qu’ils allaient regarder leurs vidéos et me mettre dehors rapidement », assure cet étudiant qui est aussi journaliste-pigiste à Charlie Hebdo, 20 minutes et l’Humanité.

Grégory passe la nuit en cellule. À 9 heures du matin, sans avoir mangé ni dormi, il est confronté avec un CRS qui le reconnaît à sa tenue vestimentaire comme l’auteur d’un jet de projectile qui ne l’a pas blessé. « J’avais une veste noire à capuche, un jean et des baskets. Beaucoup de jeunes sont habillés de cette façon », relève le jeune homme qui nie les faits. Le CRS porte plainte contre lui pour « violence volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité ». Lors de la confrontation, Grégory lui oppose pourtant qu’il n’a aucune preuve de ce qu’il avance. « Il m’a répondu : ’je suis assermenté. Ce n’est pas à moi de prouver que vous êtes coupable. C’est à vous de démontrer que vous êtes innocent’ », raconte le jeune homme. Conseillé par un avocat, Grégory refuse la comparution immédiate. Libéré le 30 mars, il tente depuis lors de rassembler les preuves de son innocence, faisant appel aux nombreux photographes qui étaient présents lors de la fin de la manifestation. Grégory encourt trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Son procès est fixé au 4 mai prochain.

Pierre Souchon


ouverture de ce blog

On cherche ici à centraliser un certain nombre de témoignages sur la répression de l'actuel mouvement social de 2006 en France.