Récit interne à l'action menée pendant la manifestation du mardi
28/03,
en réponse aux rumeurs sur les "extrémistes" et "casseurs" qui sont
toujours restées infondées. En réponse également à la vision médiatique
locale et à l'écho déformant qu'elle donne aux actions menées par les
étudiants manifestants.
Preuve n’est plus à faire qu’il faut se méfier des versions médiatiques
des faits, notamment quand elles concernent des mouvements « spontanés
»,
d’occupation ou toute autre forme d’expression d’un mécontentement
social
qui dérange la pensée moyennisante et aplanissante du contribuable
lambda.
Preuve, non, illustration, oui ! L’article du journal local Le Bien
Public
du mercredi 29/03 relatif à l’occupation de la gare lors de la
manifestation du 28/03 en constitue l’allégorie. Dès lors, il semble
important d’apporter une vision des faits sans doute plus proche de
réalité, puisque vécue de l’intérieur.
Tout part du cortège étudiant qui, arrivant place Darcy, se scinde
spontanément pour occuper la gare, dans le but de bloquer
(pacifiquement,
est-il besoin de le préciser) les derniers trains qui roulent. Car,
contrairement à certaines rumeurs, tous les trains de Bourgogne
n’étaient
pas immobilisés (infos régionales de France 3). Un premier cortège de
plusieurs centaines de personnes atteint donc la gare, voie ouverte et
sécurisée par la police. Après un temps, une partie des occupants
décide
de rejoindre la place Darcy pour y bloquer la circulation. Une
cinquantaine de personnes reste sur place, bientôt rejointe par les
intermittents du spectacle puis par d’autres étudiants et lycéens,
ainsi
que par quelques salariés. La finalité de la manœuvre est de faire
monter
d’un cran la mobilisation, passant de la manifestation à l’action
symbolique mais efficace, puisque les trains roulant encore n’ont
effectivement pas pu atteindre la gare de Dijon-ville.
Aux alentours de 18h, les immobilisateurs sont environ 200, les trois
quarts sur les voies, le dernier quart sur le quai. Aucune violence ne
s’extirpe des attitudes ni des slogans, seule la détermination est
prégnante, face à un gouvernement sourd et à sa loi inégalitaire. Les
premières forces de l’ordre, de la police, font leur apparition sur le
quai, peu nombreux (4 ou 5). Les slogans redoublent, toujours adressés
au
gouvernement, à son 1er ministre, à sa loi. Les brigades mobiles
surgissent à leur tour, casques, boucliers, matraques. Les brigades
mobiles approchent, commencent à pousser les manifestants, la plupart
assis, d’autres debout, tous bras enlacés pour résister le plus
longtemps
possible à l’évacuation. « Quoi de plus normal, ces gens font leur
travail
et c’est tout ». Oui et non. Oui, ils font leur travail, chacun sait
que
policiers, CRS, brigades mobiles reçoivent des ordres, qu’il leur
appartient d’appliquer quoi qu’ils en pensent. Non, car ces ordres
s’appliquent avec plus ou moins de zèle. Non, car le minimum
sécuritaire
qu’un citoyen puisse exiger est que la répression d’un acte soit
adaptée à
la gravité et à la violence de cet acte.
En matière de violence et de provocation, force est de constater que
les
occupants ont fait chou blanc : seuls trois jets de pierre ont été
aperçus, aussitôt hués par la foule en signe de refus catégorique du
recours à la violence. Encore une fois, cette occupation n’était pas
faite
pour occasionner l’affrontement ou le bris, mais pour bloquer, montrer
sa
détermination, mobiliser. Certains ou certaines se font écarter
fermement.
D’autres, moins « chanceux », se font littéralement jeter sur la voie
(voire les rails) ou traîner par les cheveux sur un ou deux mètres. Les
occupants reculent, les slogans anti-CRS constituant le seul acte de
réponse à l’agressivité qui monte de façon palpable. Tout à coup les
coups
jaillissent : un lycéen se fait ouvrir le crâne, plusieurs autres
subissent les matraques de deux, trois, quatre membres des brigades. Le
cortège hurle, indigné : rien n’a été fait pour mériter ces coups. Les
premières dispersions sont déjà effectuées par le couloir souterrain,
étant donné que la porte latérale est bloquée. Une partie des occupants
est coincée entre les brigades, à gauche, en face et à droite, et les
grilles protégeant l’escalier contre lesquelles elle se fait écraser.
Certaines personnes, proches de celles qui se font ou se sont fait ruer
de
coups sont en état de choc psychologiques, au bord de la crise de nerf.
Le
cortège recule toujours plus, jusqu’à se faire repousser dans le hall
de
la gare. La porte vitrée se referme, laissant une personne au milieu
des
brigades qui la tabassent. Protestations, cris : la porte cède. Le
cortège
n’avancera plus pour autant ; trois interpellations pendant l’action
(directes) et une interpellation après (indirecte) ont donné le mot
final
aux autorités.
Combien de blessés, combien de personnes frappées ce jour-là ? Il est
(et
restera sans doute) impossible de le dire précisément. Ce qu’il est
possible d’affirmer, c’est qu’aucune provocation ni (quasi) aucun geste
des manifestants n’a donné la moindre occasion aux brigades d’asséner
les
coups qu’ils ont portés à la jeunesse présente à la gare. Que faut-il
faire alors face à cette violence physique, morale et unilatérale des
forces de l’ordre ? Hors de question d’appeler à une violence en retour
!
Ce serait faire le jeu du gouvernement, ce serait contradictoire à tous
les principes d’action qui ont été ceux du présent mouvement social
depuis
son départ, ce serait enfin et tout simplement courir au massacre.
Plutôt
que nos livres contre leurs matraques, livrons leur notre solidarité et
notre inflexibilité contre leur surdité et leur violence gratuite !
L’information (réelle) doit circuler, ce qu’il s’est réellement passé à
la
gare de Dijon doit être connu, il est impensable de se contenter de la
version pernicieuse d’un journal de désinformation locale ! Enfin, et
surtout, notre solidarité doit se diriger vers les interpellés. Un
appel à
témoins a été lancé sur ce même blog d’infos à cet effet. Contre les
agressions physiques, morales et législatives du gouvernement !
Le Collectif d'Occupation de l'Université de Bourgogne
Contre le CPE