Incarcération pour un mois des 2 italiens arrêtés après la MayDay
Rappel des faits :
La MayDay parade a rassemblé près de 5000 précaires, mêlant manifestation et concert ambulant, agit-prop et échasses, nez rouges et capuches, parapluies et boules de pétanques, percussions et bris de glaces, et a atteint par le boulevard Magenta la place de la République pour un concert en plein air. Au cours de la descente du « boulevard de l'intérim », la plupart des banques , sociétés immobilières et boites d'intérim ont vu leurs vitrines brisées, mais la police n'a pu procéder à aucune interpellation dans cette manif dense et diverse.
Des policiers en civils ont ensuite erré dans le concert, visiblement à la recherche de manifestants à arrêter.
Une trentaine de personnes, majoritairement italiens et apparemment pris au hasard, ont plus tard été arrêtés et menotés dans la rue, alors qu'ils quittaient le concert. La plupart subirent un contrôle d'identité de 3 heures, mais 2 italiens furent mis à l'écart dès l'arrestation. Un gradé les désigna chacun parmi les 30 en disant : « And the winner is »).
Les 2 camarades italiens, Nicola et Federico, ont fait 48 h de garde-à-vue. Ils ont eu un interprète qui ne les a jamais soutenu, allant jusqu'à refuser de leur communiquer le nom de l' avocat. Les chefs d'inculpations sont très vagues-- ils sont accusés d'avoir jeté des pierres et des boules de pétanques sur des vitrines et des policiers (notamment sur un gardien de la paix mais n'a même pas eu d'ITT)). Il n'y a aucune preuve concrète. (on les aurait soi-disant reconnu sur des bandes videos, mais il n'en restera au tribunal que quelques photos où l'on ne distingue personne ; un sweet shirt à capuche les accuserait mais il s'agit d'un vétement porté par de nombreux italiens, ...) Lors de la gav, ils n'ont même pas été confronté au policier qui les accuse.
Ils sont restés en mandat de dépôt jusqu'à jeudi, jour où ils ont été amenés au TGI pour une comparution immédiate.
Une cinquantaine de personnes viennent assiter à leur audience. Plus de flics que de soutiens.
Leur affaire est examinée en dernier (passons tout l'après midi au tribunal à assister à des comparutions immédiates - proc immonde, juge à charge, avocats inconsistants - le pire de la justice expéditive).
Nicola et Federico semblent à bout de force, totalement perdus. Sur le dossier communiqué à la juge, un post-it : « Individu dangereux ». (la juge le justifie par un appel à venir les soutenir tiré d'indymédia...)
En accord avec leur avocate ils demandent le renvoi de l'audience pour préparer la défense
Comme l'oblige la loi le jugement est donc reporté et le tribunal se doit alors non pas de juger les faits mais seulement leur "garanties de représentation" - il s'agit de s'assurer qu'ils se présenteront bien au procès - c'est à dire s'ils seront libérés jusqu'à la date du précès ou incarcérés en détention préventive.
L'un est étudiant en sciences politiques, l'autre magasinnier ; ils ont tous 2 un casier judiciaire vierge et un logement ; leur avocat fournit même des lettres de leurs mères et des certificats d'hébergement en France au cas où le tribunal veuille qu'ils restent en France juqu'au procès.Tous 2 rappellent l'importance pour eux de revenir prouver leur innocence lors de leur procès ;
Leur avocate plaide pour l'application stricte de la loi, c'est à dire de la présomption d'innocence.
L'audience est suspendue pour délibération. Alors que les soutiens attendent la reprise, les gendarmes dans et autour de la salle d'audience se multiplient et petit à petit nous encerclent carrément. Mauvais signe.
Effectivement : la demande de remise en liberté est refusée. Motif : ils sont italiens et leurs garanties ne peuvent être prises en compte ...
A la sortie de la salle d'audience, les gendarmes nous entourent à nouveau et nous obligent t à sortir par une petite porte du tribunal. Ils nous encerclent dans la rue jusqu'à notre départ, nous interdisant de repasser devant le palais de justice. Même les avocats présents n'ont jamais vu ça.
Pour rappel de ce qu'est une détention provisoire (ou du moins le cadre fixé à celle-ci) : "Mesure exceptionnellement ordonnée par le juge des libertés et de la détention saisi par le juge d'instruction de placer en prison avant son jugement une personne mise en examen pour crime ou délit puni d'au moins 3 ans d'emprisonnement (loi du 15 juin 2000). La détention provisoire doit être strictement motivée selon les conditions prévues par la loi."
Le jugement est fixé le 29 mai. Nicola et Federico vont passer 1mois en prison dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue, pour être venu participé à une AG européenne à Censier et au 1er mai des précaires
Ils portent un lourd chapeau. A nous tous d'être avec eux.
